Amour des Mots

Le blog d'un Écrivain Public

06 octobre 2009

Les tourtereaux

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Un matin que mon père avait besoin de paille
Il trouva dans sa meule un couple d'amoureux
Dormant profondément en se tenant la taille.
Sur la pointe des pieds, il s'en fut généreux.
De retour à la ferme, il raconta la chose:
Ce matin dans la meule, il y avait un nid !
De jeunes tourtereaux, enfin je le suppose,
Ont dû s'arrêter là, pour y passer la nuit.
Moi, croyant que c'était un nid de tourterelles,
J'ai grimpé dans la paille et j'ai vite compris
En trouvant bêtement, sans chercher, des bretelles
Pourquoi mon père riait en plissant ses yeux gris...

Blanche Maynadier

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05 octobre 2009

Odelette

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Si j'ai parlé
De mon amour, c'est à l'eau lente
Qui m'écoute quand je me penche
Sur elle; si j'ai parlé
De mon amour, c'est au vent
Qui rit et chuchote entre les branches;
Si j'ai parlé de mon amour, c'est à l'oiseau
Qui passe et chante
Avec le vent;
Si j'ai parlé
C'est à l'écho,
Si j'ai aimé de grand amour,
Triste ou joyeux,
Ce sont tes yeux;
Si j'ai aimé de grand amour,
Ce fut ta bouche grave et douce,
Ce fut ta bouche;
Si j'ai aimé de grand amour,
Ce furent ta chair tiède et tes mains fraîches,
Et c'est ton ombre que je cherche.

Henri de Régnier (1864-1936)

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PS: Henri, François-Joseph de Régnier, issu d'une famille aristocratique de Normandie", est né à Honfleur (Calvados) le 28 Décembre 1864 et mort le 23 Mai 1936. C'est un écrivain, romancier et poète français proche du symbolisme.
Il a été influencé par Leconte de Lisle et surtout par José-Maria de Hérédia dont il épousa, en 1896, une des filles prénommée Marie, poète elle-même  sous le pseudonyme de Gérard d'Houville.
Ce mariage ne fut pas trop heureux car, d'après la rumeur, sa femme le trompa souvent; notamment en entretenant une liaison durable avec l'un de ses meilleurs amis, Pierre Louÿs.
Henri de Régnier avait une prédilection pour le XVIIIème siècle où il puisait, volontiers, ses sujets, parfois scabreux et dont il pastichait souvent le style.

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03 octobre 2009

Le jardin secret

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Il est un jardin fabuleux,
Perdu tout au fond de mon âme,
Esprit invisible à nos yeux,
Aussi rayonnant que la flamme...

Bien souvent nous le cultivons,
Tant son mystère se décèle,
Levant le voile à sa façon
Sur ce jardin parfois rebelle...

Fait de roses non sans épines,
D'amertume avec las regret,
De rêves aux humeurs chagrines,
Nous le taisons, il est secret !

Parée d'un éclat éphémère,
La fleur éclose du bonheur
A laissé la brise légère
D'un parfum d'ambroisie au cœur...

Il est une fleur, l'Espérance,
Au charme demeuré discret,
Laissons-la croître en abondance,
Jardin du cœur, jardin secret !


Anne Veyron
Fonsorbes (Haute-Garonne)


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02 octobre 2009

Les mains

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Il y a les petites mains, rondes et potelées,
Les mains d'enfants qui se tendent, que l'on retient.
Il y a les autres mains, longues et soignées,
Les mains d'ados qui se battent, que l'on étreint.
Il y a celles des femmes qui savent tout faire,
Les mains qui lavent, qui repassent, qui guérissent.
Il y a celles des hommes un peu grossières,
Les mains qui s'activent, qui détruisent, qui bâtissent.
Il y a les mains maternelles qui savent consoler,
Les mains dont les caresses apaisent les nuits et les pleurs.
Il y a les mains toutes vieilles, toutes ridées, tant aimées,
Les mains si riches de vie, de souvenirs, de bonheur.
Il y a les mains calleuses, travailleuses, toutes souillées,
Les mains pleines de terre, de charbon, de peinture ou de sang,
Les mains de tous les jours, de tous les temps,
Les mains qui font la vie, qui font les ans.
Il y a aussi mes mains, doigts fragiles auxquels je tiens,
Mais d'elles, je ne vous dirai rien.

 

Antoinette  Dépit

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29 septembre 2009

Maximes d'amour pour les femmes

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Quand on aime pas trop, on n'aime pas assez
Car je soutiens devant toute la terre
Que l'on se fait point valoir
En amour, non plus qu'à la guerre,
Quand on ne fait que son devoir,
Aimez, mais d'un amour couvert
Qui ne soit jamais sans mystère,
Ce n'est pas l'amour qui vous perd,
C'est la manière de le faire.

 

                 Bussy-Rabutin  (1618-1693)

Nota Bene :

Roger de Rabutin, comte de Bussy, connu sous le nom de Bussy-Rabutin, était un cousin de Mme de Sévigné.

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28 septembre 2009

L'emploi du pronom indéfini...

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Une petite lecture instructive pour commencer la semaine avec le sourire...

Il était une fois, quatre individus qu'on appelait: Tout le monde, Quelqu'un, Chacun et Personne.

Il y avait un important travail à faire, et on a demandé à Tout le monde de le faire.
Tout le monde était persuadé que Quelqu'un le ferait, Chacun pouvait l'avoir fait, mais en réalité Personne ne le fit.
Quelqu'un se fâcha car c'était le travail de Tout le monde !
Tout le monde pensa que Chacun pouvait le faire, et Personne ne doutait que Quelqu'un le ferait...
En fin de compte, Tout le monde fit des reproches à Chacun parce que Personne n'avait fait ce que Quelqu'un aurait pu faire.

  • MORALITE :

Sans vouloir le reprocher à Tout le monde, il serait bon que Chacun fasse ce qu'il doit sans nourrir l'espoir que Quelqu'un le fera à sa place...Car l'expérience montre que là où on attend Quelqu'un, généralement on ne trouve Personne !!

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26 septembre 2009

Fantaisie

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Il est un air pour qui je donnerai
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets !

 

Or chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit...
C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit;

 

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs;

 

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que, dans une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue et dont je me souviens !

 

Gérard de Nerval   (1808-1855)

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24 septembre 2009

La beauté

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Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

 

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un cœur de neige à le blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

 

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments
Consumeront leurs jours en d'austères études;

 

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

 

Charles Baudelaire

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21 septembre 2009

CUPIDON

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Cupidon, d'après le plus grand nombre des poètes, naquit de Mars et de Vénus. Dès qu'il eut vu le jour, Jupiter, qui comprît à sa physionomie tous les troubles qu'il causerait, voulut obliger Vénus à s'en défaire. Pour le dérober à la colère de Jupiter, elle le cacha dans les bois, où il suça le lait des bêtes féroces. Aussitôt qu'il put manier l'arc, il s'en fit un de frêne, employa le cyprès à faire des flèches, et essaya sur les animaux les coups qu'il destinait aux hommes. Depuis il a échangé son arc et son carquois contre d'autres en or.
Il est toujours peint avec des ailes, et ces ailes sont de couleur d'azur, de pourpre et d'or. Il se montre dans l'air, le feu, sur la terre et la mer. Il conduit des chars, touche la lyre, ou monte des lions, des panthères et quelquefois un dauphin, pour indiquer qu'il n'y a point de créature qui échappe au pouvoir de l'Amour.

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19 septembre 2009

Conseil d'un grand-père

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" Si je te racontais, ma chère enfant, tout ce que ma mauvaise écriture m'a valu d'ennuis, de désagréments, d'humiliations ! Mes amis ont l'air de rire de mon défaut; mais au fond, ils le blâment ou s'en irritent; ils ont raison. C'est une impolitesse de mal écrire, car c'est donner de la peine à ceux qui vous lisent; et c'est une sottise, car c'est gâter ce qu'on écrit. Tu entendras dire par des personnes qui vous flattent tout haut, quitte à se moquer de vous tout bas, que mal écrire est le fait de gens d'esprit. Réponds-leur en leur montrant des lettres de grands écrivains, que je t'ai fait voir cent fois, et qui sont des modèles de calligraphie ! Écris bien, fillette, écris bien ! Une jolie écriture pour une femme, c'est comme une jolie toilette, une physionomie aimable, un agréable son de voix : cela prévient en sa faveur; on est porté à penser du bien d'elle."

E.Legouvé

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