23 juillet 2009
Jeux d'enfants

Quentin lui avait fait avec l'herbe fauchée
Un lit frais sous l'abri vert des roses.
Ce grand frère de huit ans si fidèle complice
Allumait dans les yeux d'Amélie
Des escarbilles de joie.
Le landau délaissé attendait de la jeune mère
Un petit regain d'attention...
Mais la chaleur était si douce,
Les parfums si fruités,
que même le vol d'un papillon
N'aurait pu la distraire.
Elle me préparait avec sérieux
Dans une petite cuvette verte
Une soupe de pétales de roses.
Puis je déguste, ravie, un mince steak d'écorce,
Un thé glacé sucré à la mauve sauvage,
Une tarte aux graviers et un soufflé d'asters.
Ô, beauté de l'enfance, richesse de ses rêves,
J'y plonge chaque fois que des petites mains
Réinventent la vie pour la rendre plus belle...
Que j'aime mes deux chefs à la toque étoilée
Qui, sérieux et fiers, me servent du bonheur.
Cécile Crozier (Saint-Chamond, Loire)

22 juillet 2009
Rupture

Une sotte querelle ayant troublé les jours
d'ineffable harmonie où s'unissaient nos âmes,
Nous voulûmes tous deux en finir, et jurâmes,
De nous oublier pour toujours.
Toutes les cruautés que la douleur inspire,
Nous les eûmes. Mais, quand vint l'heure des adieux,
Nous restâmes muets et les yeux dans les yeux,
Sans trouver un mot à nous dire.
Nous sentions s'envoler notre ressentiment
Et fondre dans nos cœurs tout désir de vengeance (...)
Un charme au fond de nous paraissait murmurer
Que nos amours étaient bien loin d'être finies...
Et lorsque pour l'adieu nos mains se sont unies,
Elles n'ont pu se séparer.
Paul Reboux

NOTA BENE : Paul Reboux est le pseudonyme d'André Amillet (Paris1877- Nice1963). Il est le fils de la célèbre modiste Caroline Reboux.
Il fut écrivain, peintre, critique littéraire et gastronomique, romancier, auteur de livres d'histoire naturelle, de biographies, de récits de voyages et de livre pour enfants. Il est surtout connu pour le recueil de pastiches* "A la manière de..." qu'il publia en 1908, 1910 et 1913 avec son ami Charles Muller (1877-1914 ) en trois séries.
( sources Wikipédia où vous trouverez plus d'infos )
*un pastiche (de l'italien pasticcio) est une imitation du style d'un auteur ou d'un artiste, qui ne vise ni le plagiat, ni la parodie. On peut en découvrir dans tous les domaines littéraires et artistiques.

21 juillet 2009
La bonne chanson

J'allais par des chemins perfides,
Douloureusement incertain.
Vos chères mains furent mes guides.
Si pâle à l'horizon lointain
Luisait un faible espoir d'aurore;
Votre regard fut le matin.
Nul bruit, sinon son pas sonore,
N'encourageait le voyageur.
Votre voix me dit: "Marche encore !"
Mon cœur craintif, mon sombre cœur
Pleurait, seul, sur la triste voie;
L'amour, délicieux vainqueur,
Nous a réunis dans la joie.
Paul Verlaine
19 juillet 2009
L'amour fou
Une fois n'est pas coutume, voici une poésie d'un genre différent de celui auquel je vous ai habitués. C'est léger, c'est amusant et c'est plein d'humour et par les temps qui courent un peu d'humour et l'amour ne peuvent que nous faire du bien et nous remonter le moral !

Je suis à toi comme la sardine est à l'huile,
Le maquereau au vin blanc, le loup au fenouil,
Le brochet au beurre blanc.
Je suis à toi comme la glace est à la pistache
Le poulet aux hormones, la soupe à la grimace,
Mon père avec la bonne.
Je suis à toi comme le vinaigre est à l'estragon,
La pêche à l'espadon, la salade aux lardons
Les gaîtés à l'escadron.
Je suis à toi comme le moutard à sa nourrice,
Le motard à la police, les aristos à la lanterne,
Les peupliers à la poterne.
Je suis à toi comme le yaourt est à la vanille,
Ton sexe au parfum de glaïeul, le petit salé aux lentilles,
La mémère à son épagneul.
Je suis à toi comme tu es à moi, comme le ver est à soie,
Comme l'avenir est à nous, comme le garde est à vous,
Comme le train est à l'heure.
Je suis à toi comme les tiques aux bœufs;
On dit n'importe quoi quand on est amoureux.
Jean l'Anselme

Nota bene: Jean l'Anselme est un poète atypique. Né en 1919, il est auteur depuis 1945. On lui doit des recueils comme "Le Ris au laid" paru en 2004, ainsi que des citations, par exemple, je le cite: "La poésie est toujours une question de tripes, mais à la mode de quand ?".
Poète en marge des milieux intellectuels et élitistes, il maîtrise l'humour et le calembour, aussi bien en ver qu'en prose.

17 juillet 2009
Juste quelques mots de poète...
Aujourd'hui le courage manque et la paresse prend le relais, alors je laisse la parole à mon ami Victor :


03 juillet 2009
Il n'y a pas d'amour heureux

Rien
n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son
cœur. Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une
croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie
est un étrange et douloureux divorce.
Il
n'y a pas d'amour heureux.
Sa
vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés
pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux
qu'on retrouve au soir désœuvrés incertains
Dites ces mots "Ma
vie" Et retenez vos larmes
Il
n'y a pas d'amour heureux.
Mon
bel amour, mon cher amour, ma déchirure
Je te porte dans moi comme
un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent
passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui
pour tes grands yeux tout aussitôt moururent.
Il
n'y a pas d'amour heureux.
Le
temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent
dans la nuit nos cœurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour
la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un
frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare.
Il
n'y a pas d'amour heureux.
Il
n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur.
Il n'y a pas d'amour dont
on ne soit meurtri.
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri.
Et
pas plus que de toi l'amour de la patrie.
Il n'y a pas d'amour qui
ne vive de pleurs.
Il
n'y a pas d'amour heureux.
Mais c'est notre amour à tous les deux.
Louis
Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)
Nota Bene: Les peintures sont de Claude Théberge, je vous invite à aller visiter le site officiel:
http://www.claudetheberge.com/
Ce peintre est décédé mais son œuvre originale mérite d'être vue, personnellement, j'aime beaucoup.
02 juillet 2009
L'invitation au voyage

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
Charles Baudelaire (extrait de L'invitation au voyage)