Changer le monde

Il faut beaucoup d'amour pour changer notre monde
Et poser dans sa nuit un bel éclat vainqueur
Entendez-vous la voix de ce canon qui gronde ?
Voyez à l'horizon l'orage menaçant,
Qui fait perler aux yeux les pleurs de l'innocent.
Dans le vent infernal, quand la tempête inonde,
Du sombre désarroi naît un enfant hagard.
Il faut beaucoup d'amour pour changer notre monde,
Lui tendre ses deux mains, le bercer d'un regard !
Pour éviter demain la détresse profonde,
En partageant l'espoir comme un fameux repas,
Redonnons à la vie un charme et ses appas,
Il faut beaucoup d'amour pour changer notre monde !
Dominique Simonet

La porte du jardin....

La porte du jardin donne sur la ruelle
Et c'est là qu'un beau soir elle est apparue,
Elle
De qui l'amour est clair, comme l'aube et l'azur.
Elle m'attend. Le chat s'étire sur le mur.
Elle m'attend sous la tonnelle de roseaux,
Mon coeur est une cage où chantentmille oiseaux.
Elle m'attend, elle regarde la pendule.
J'arriverai dans la tiédeur du crépuscule,
Et quand je la verrai me tendre les deux mains,
Les roses de juillet pleuvront sur les chemins.
Tristan Derème

Tristan Derème, de son vrai nom Philippe Huc, né le 13 février 1889 à Marmande, décédé le 24 octobre 1941 à Oloron-Sainte-Marie, est un poète français, connu également sous les pseudonymes : Théodore Decalandre et Philippe Raubert.
Les yeux de ma mère



Les beaux yeux de ma mère ont reflété son âme
Comme un ruisseau d'argent éclabousse au matin
Des perles de soleil et de vivantes flammes
Pour masquer un instant les cailloux du chemin.
Je revois tes beaux yeux en ton anniversaire
Tu fixais ton enfant d'un regard extasié
Tu possédais la joie, tu portais la lumière
Ils brûlent dans mon coeur ces deux flambeaux sacrés.
Les beaux yeux de ma mère ont traversé des ombres
Mais au-delà des nues le ciel restait présent
Ils ont vu défiler des douleurs sans nombre
Tandis qu'un chant d'amour s'égrenait dans le vent...
Les larmes ont coulé des beaux yeux de ma mère
Comme une pluie d'orage causantsonr dur sillon
Le deuil et les soucis ont meurtri ses paupières
C'est ainsi qu'est venu le temps de la moisson....
La mort, de son secret, a déchiré le voile.
Adieu la sombre nuit aux traits défigurés
Ouverts sur l'infini au-delà des étoiles
Les beaux yeux de ma mère se sont transfigués.
Simone Falip ( Saône et Loire)


Le petit Amour

Le petit enfant Amour
Cueillait des fleurs à l'entour
D'une ruche, où les avettes
Font leurs petites logettes
Comme il les allait cueillant
Une abeille sommeillant
Dans le fond d'une fleurette
Lui piqua la main douillette.
Sitôt que piqué se vit,
" Ah ! je suis perdu ! " se dit
Et courant vers sa mère
Lui montra la plaie amère.
Alors Vénus se sourit,
Et en le baisant lui dit:
" Si doncques un animal
Si petit fait tant de mal,
Combien fais-tu de douleur
Au prix de lui dans les coeurs
De celui en qui tu jettes
Tes amoureuses sagettes ? "
Pierre de Ronsard

Le ravissement d'Andromède

D'un vol silencieux, le grand Cheval ailé
Soufflant de ses naseaux élargis l'air qui fume,
Les emporte avec un frémissement de plume
A travers la nuit bleue et l'éther étoilé.
Ils vont. L'Afrique plonge au gouffre flagellé,
Puis l'Asie...un désert...le Liban ceint de brume...
Et voici qu'apparaît, toute blanche d'écume,
La mer mystérieuse où vint sombrer Hellé.
Et le vent gonfle ainsi que deux immenses voiles
Les ailes qui, volant d'étoiles en étoiles,
Aux amants enlacés font un tiède berceau:
Tandis que, l'oeil au ciel où palpite leur ombre,
Ils voient, irradaint du Bélier au Verseau,
Leurs Constellations poindre dans l'azur sombre.
José-Maria de Hérédia (1842-1905)
Les Trophées

Nocturne

Le souffle lent du soir défleurit les lilas,
Amoncelant au pied d'odorantes jonchées
De ces petites flammes qui craquent sous les pas
Mon âme est douloureuse et mon coeur très las (...)
Il neige dans mon coeur des souffrances cachées
Au bassin, le jet d'eau rejailli tristement,
Ridant l'onde qui dort de cercles concentriques
Et les plantes du bord ont un tressaillement,
Au coeur les souvenirs pleurent confusément
Voici la nuit qui vient et ses folles paniques,
Le vent ne souffle plus, le ramier s'est enfui,
Le jet d'eau se lamnente en des plaintes rythmiques,
Et des yeux grands ouverts me suivent dans la nuit.
Henri de Régnier (extrait de Nocturne)
Bon dimanche....

Pour mon chéri...

Pour l'amour de ma vie:

A tous les amoureux:



A mes enfants....

Quand le soleil y passe, ouvrez votre fenêtre;
Lui seul sait essuyer l'humide et sombre hiver.
Si le bonheur absent vient pour vous reconnaitre,
Que votre cœur charmé, tout grand lui soit ouvert !
Gardez-vous de bouder, enfants, contre vous-mêmes.
Sachez: l'or est moins pur qu'un tendre et doux conseil.
Enfants: ne pas sourire à l'ami qui vous aime,
C'est tourner le dos au soleil.
Marceline Desbordes-Valmore
Silence...

Nous nous taisions: c'était l'heure troublante et chaude
Où le soleil frémit sous les rideaux croisés
Une rose effeuillait ses parfums apaisés
Nous nous taisions, penchés sur le silence tendre;
Et je sentais mon âme éperdument se tendre
Vers votre âme tremblante, éprise de clarté.
L'arôme de la fleur passait, tel un sourire,
Nous pensions les mots doux que nous n'osions pas dire,
Nous nous taisions, gardant chacun notre secret...
Extrait du poème "Silence" de la Baronne de Baye

